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Enseignement supérieur public: l'adaptation des étudiants à la réforme!

Enseignement supérieur public: l'adaptation des étudiants à la réforme!
Depuis l'initiation de la réforme universitaire, les critiques n'ont cessé de décortiquer à flux les moindres failles du dit nouveau système, sans pour autant s'engager dans une analyse rationnelle partant des insatisfactions et des souhaits formulés par les étudiants qui ont l'air de « cobayes » faibles et usés dans un laboratoire mal-équipé et entre les mains de cadres inexpérimentés. Voici leur histoire ![/g]

Ils obtiennent le fameux bac et savent pour différentes raisons que leur parcours universitaire est lié à une faculté publique et à un département qu'ils hésitent à choisir. L'absence de l'orientation provoque la panique et l'incertitude, ils ne prennent pas le temps de s'informer sur les passerelles existantes, sur la qualité de la formation et sur les continuités éventuelles des études. Parmi eux, conscients des services pédagogiques restreints au sein des facultés de la ville, des bacheliers préfèrent s'inscrire indifféremment dans le public et préparent en parallèle un diplôme professionnel. Toute cette masse s'affronte aux études proposées dans le cadre de la réforme. Elle découvre, s'angoisse, proteste et finit par passer les examens. Mais, ces étudiants ont-ils les compétences qui répondent aux exigences du nouveau système ? Comprennent-ils les atouts de la réforme ?

Comme un « retravail » sur le texte de la réforme serai vain, nous avons opté pour la dimension de l'environnement notamment l'élément capital de l'adaptation des étudiants. Le mot adaptation a une magie qui peut masquer sa complexité, mais il est la clef de toutes les hypothèses de travail que nous avons spécifiées avant de choisir la problématique qui se demande et qui cherche à vérifier: comment est l'attitude des étudiants devant le déroulement de la réforme, l'acceptent-ils et vont de l'avant pour réussir, ou se contentent-ils de la réfuter sans faire attention à l'échec qui peut mettre en péril leur parcours ?

D'abord, une hypothèse s'impose : c'est le niveau faible des étudiants et le choix arbitraire du département, qui les poussent à refuser le système où ils rencontrent plusieurs problèmes. L'objectif est donc de connaître les raisons du choix du département et le niveau des bacheliers ainsi que l'évolution de leurs savoirs.

En absence de sondages fiables, nous nous contentons d'un raisonnement assidu : si les meilleurs bacheliers optent pour les écoles et les facultés nationales, qualité oblige, que reste-il pour les établissements régionaux ? Les malchanceux, les mal-orientés, les infortunés et les moins performants, ceux qui ont eu difficilement leur bac et encore avec la mention « passable » révélatrice. En absence du test d'admission ou de la sélection, présents pourtant dans la charte mais sans possibilité aucune de pratique - Même si le département d'anglais à la FLSH Agdal arrive à les concrétiser-, nos facultés tombent dans le sureffectif : quantité sans qualité. C'est là un élément excessivement perturbateur : tout le monde est accepté à la fac tant qu'il a son bac. C'est un droit et non un mérite.

A cela s'ajoute le choix arbitraire du département et de l'établissement : ceux qui ont eu une formation plutôt littéraire s'inscrivent à la faculté de l'économie, d'autres qui ont toujours eu des problèmes en français optent pour le département d'études française-fLSH ; les scientifiques ont suivi une formation polyvalente mais vague donc qui leurs permet d'intégrer plusieurs filières sans vraiment les préparer à y exceller ; quelques autres suivent leurs copains juste pour rester regroupés et faire une click : l'influence des pairs dirige toute une vie !; une bonne partie ignore le pourquoi du choix, car « c'est venu comme ça », ce n'est du tout une décision réfléchie.
Ne pas savoir pourquoi avoir choisi le département s'avère gênant : un choix sans raison est une négligence, le parcours universitaire se décide sans vision de l'avenir, la situation est grave : comment un étudiant ne fait pas attention aux critères de choix qui va décider de toute sa carrière ? La question de l'orientation se pose, on ne prend pas en considération les notes obtenues, les remarques des enseignants du lycée pour décider, on ne se demande jamais quels sont les contenus du programme, est-ce qu'ils m'intéressent, est-ce qu'ils me conviennent, est-ce que j'arriverai à développer les compétences adéquates pour les dominer et valider ainsi mes modules. Aucune réflexion n'est faite sur le cursus, et devant l'absence des tests d'entrée, l'étudiant se lance aveuglément dans le parcours. Peut-il se rattraper quand il sera au dedans, en contrôlant ses performances, son statut d'étudiant, et en ayant conscience de la réforme ?

Plusieurs étudiants affirment comprendre l'essentiel de l'organisation des études à savoir les semestres, les examens...mais pas du tout les diplômes qu'ils peuvent obtenir, le système des rattrapages et la validation. Beaucoup n'ont pas la certitude de leurs connaissances, la preuve : ils commencent leurs propos par « j'ai entendu dire- Je crois... » Entre rumeurs et absence- Ou dysfonctionnement- d'un bureau d'orientation au sein des départements, les étudiants se perdent. Le résultat : ils ne savent même pas vers où se diriger ni chez qui s'informer. L'approche communicative de l'Université reste moins centrée sur les étudiants, et spécialement les nouveaux, car tous les imprimés qui tendent vers la facilité n'expliquent pas clairement, et même si quelques uns comprennent au début de l'année, ils se perdent au milieu surtout après la « pagaille » des examens.

L'autonomie des étudiants doit être également vivement critiquée : ceux qui ne se débarrassent pas de leur timidité, sombrent dans l'ignorance, car ils n'osent pas demander, certains attendent qu'on vienne les informer, c'est qu'il restent attachés au statut de l'élève. Sauf qu'à l'université il n'y a pas de surveillant général qui contrôle les moindres faits et gestes : c'est un espace où on ne doit compter que sur soit. Pour cela, l'étudiant doit rester vigilant. Un simple détail dévoile des attitudes complexes et blâmables : l'excès de liberté et la négligence qui poussent les uns à « ne pas être dans le bain », ils ne lisent que rarement les annonces, et alors que personne n'a la fonction de les informer verbalement, ils ratent des examens ou des rattrapages car ils n'ont pas lu l'avis plutôt. Pour beaucoup, ils n'ont jamais préparé un devoir ni fait un exposé ou une recherche puisqu'ils n'assistent que rarement, d'autres se contentent de copier -coller sur internet. Les plus sérieux réalisent les travaux demandés uniquement pour valider leurs examens. Le plaisir de la recherche et de la découverte est absent.

Ces attitudes s'expliquent par le manque de conscience vis-à-vis de l'enseignement supérieur et de ses exigences, la cause hit-parade est sans doute la réforme précipitée qui sème la panique. L'idée que tout le monde a sur l'ancien système est qu'il y'a une liberté et moins de stress, des mois de vacances et des examens faciles. Et c'est ce qui pousse à dire que la réforme n'a pas d'avantages , que les étudiants travaillent beaucoup en vue du nombre des matières programmées et des devoirs exigés dans un temps restreint. Les avantages de la réforme dont quelques uns sont conscient sont : la possibilité de se rattraper plusieurs fois, la possibilité de garder les modules validés si l'on part ailleurs et les contrôles plutôt faciles et à la portée de ceux qui font juste un petit effort. Pour la majorité les avantages de la réforme ne dépassent en aucun cas ceux de l'ancien système, mais ont-ils évolué au sein de ce dernier pour pouvoir comparer et juger? Les rumeurs façonnent les esprits. Synthèse : Cette vision négative de la réforme influence la réception des cours.

Pour certains étudiants, les matières sont programmées et imposées, chaque professeur enseigne ce qu'il veut, rien n'est uniformisé. Le contenu est parfois sans intérêt et ne véhicule aucune compétence : « lorsque le patron d'une entreprise me demandera mes savoirs faire, je lui parle de Baudelaire ? », se demande un étudiant de la FLSH, mais il se rattrape en disant : « Oui on peut à travers cela acquérir la correction de la langue, la production de bons discours, mais la manière dont on l'enseigne n'arrive pas à ces objectifs ».

Presque tous les étudiants se trouvent ennuyés par les cours magistraux, ils optent pour les cours exercices, quand aux exposés-discussions, peu les préfèrent : « les camarades qui présentent les exposés n'ont pas les compétences pour le faire ». Pourtant plusieurs départements ont pensé à initier les étudiants, dès le premier semestre, aux techniques de lecture et de recherche. Le cours est-il arrivé à transmettre les acquis nécessaires ? Pas du tout, les étudiants poursuivent le parcours sans savoir même les techniques basiques de la réalisation et de la présentation d'un exposé, lorsqu'ils le font, « c'est le sommeil dans toute la classe ».
Dans le même sens, l'image de marque d'un professeur qui explique minutieusement les contenus vivants et intéressants de son cours, reste dominante. Les étudiants confondent entre le travail de l'enseignant du secondaire qualifiant et celui de l'enseignant universitaire. La multitude de savoirs véhiculés dans un cours magistral est « un mauvais » travail selon les étudiants, car « on sort sans avoir rien pigé ! »

Plusieurs témoignages concernant un cas de professeur apprécié affirment que c'est celui dont le statut est respectueux, qui est ponctuel, qui est dynamique en classe, qui enrichi son cours avec son savoir technique et ses anecdotes et qui n'a pas toujours besoin de retourner à son tas de fiches pour parler. Nous avons vu nécessaire introduire le témoignage suivant, car il résume d'une manière spontanée l'avis des étudiants : « Il y'a un professeur que j'estime beaucoup, lors de son cours je reste attentive et concentrée. Lorsqu'il s'agit de contenu théorique, je comprends assez vite puisqu'il a une méthode facile et claire, pas comme d'autres qui cherchent à compliquer les choses. Lorsqu'il s'agit de détendre un peu les étudiants, il parle de choses passionnantes liées au cours et essaye à chaque fois de nous poser des questions pour mesurer le feed-back. Je suis toujours à l'heure et motivée quand j'ai sa séance ! ».

Mais est-ce que le professeur universitaire est obligé d'utiliser d'autres méthodes que le cours magistral ? Il est certain que le niveau des étudiants ne leur permet pas de suivre ce genre de cours avec la prise de notes et l'attention qu'il exige. Mais cela n'éloigne pas l'idée que certains professeurs selon plusieurs témoignages ne sont pas performants pour ne pas dire autre chose.

La réplique des enseignants est ordinairement argumentée par les deux éléments de la logistique et du sureffectif. Ainsi, les approches pédagogiques sont réduites car il n'est du tout possible d'innover dans le cadre d'une classe de 100 étudiants ou dans une section de 800 étudiants. L'ampleur du problème est clairement sentie lors des travaux dirigés et des travaux pratiques. Le fait de travailler avec des groupes restreints permet de faire des formations, des ateliers, des séminaires et de donner à chacun le temps de s'exprimer et de présenter les fruits de ses recherches. Encore est-il que l'aménagement des espaces de formation ne répond pas à l'esprit de la réforme ! Quand même, un petit effort !

Puis viennent les reproches faites aux étudiants à travers lesquels se confirme un détail capital : ils n'arrivent pas à rompre avec le statut de l'élève, ils attendent toujours que l'enseignant dicte et explique mot par mot. L'assiduité est remise en question ainsi que l'absence d'intérêt, le niveau très bas et l'acte de tricher qui est phénoménal et flagrant. Ils n'ont pratiquement pas de compétences et ne les développent pas durant leur parcours. Pas tous en tout cas !

Car même ceux qui étaient brillants durant toute leur carrière estudiantine et qui se sentent capables d'exceller aux études supérieures voient leurs compétences freinées par la réforme qualifiée de « labyrinthique » ou par des examens qui ne leurs permettent jamais d'étaler leurs savoirs. Comme cet étudiant doté d'un bon esprit d'analyse pouvant faire des commentaires composés réussis et qui se trouve appelé à rédiger uniquement l'introduction sans dépasser une vingtaine de lignes, et car il aspire tant à démontrer ce dont il est capable, il en fait une trentaine et l'enseignant (e) lui « colle » 2/20. Alors que ses camarades se sont contentés de copier le texte adéquat parmi toutes les introductions préparées auparavant, pour obtenir la bonne moyenne. Décevant ! La réforme serait-elle en train de sacrifier les brillants au profit d'un taux de réussite élevé et donc salvateur ?

En parlant des contrôles, les étudiants affirment être gênés par la programmation des examens, généralement toutes les matières en une semaine et même parfois deux ou trois par jour. Le temps consacré à la préparation n'est pas suffisant et la concentration n'est jamais au top tant les épreuves se succèdent. Quand aux devoirs demandés au cours du semestre, les étudiants les considèrent plutôt faciles et ne les prennent pas au sérieux, ils se contentent d'une recherche à la hâte. Ce sont des devoirs qui procurent une liberté sans limites, internet et livres procurent du texte prêt à imprimer ou à recopier ! L'effort intellectuel qui forge les esprits et enrichit les savoirs est relégué au second plan. Les enseignants quand à eux ne corrigent pas tous les essais, ne donnent pas toujours les remarques nécessaires et ne comptent pas en entier les notes des ces devoirs : le suivi régulier de l'étudiant est donc absent ? Sureffectif oblige !

Juste après les examens, un hic de taille s'impose : les notes qu'on s'attarde trop à afficher et dont beaucoup sont erronées. En effet beaucoup d'étudiants se demandent : si le retard est expliqué par le grand nombre de candidats, comment peut-on expliquer ces erreurs en masse ? En plus ce n'est que du travail de plus : vérifier, corriger, réafficher c'est tout refaire ! Et si ça convient les administrations des facultés, cette longue attente et ces résultats choquants dépriment les étudiants. La dépression engendre le dégoût de tout un système qui n'a pas besoin de se faire des opposants !

Deux ans après le bac, qu'est-ce que l'étudiant a acquis ? Quelles sont les compétences qu'il a développées ? Elles sont certainement minimes. Là il n'est plus question d'obtenir un DEUG ou un DEUP, car à quoi serviront les diplômes quand le public visé n'a pas suivi et que toute la formation a raté ses objectifs? On se demande bien à présent quels sont les étudiants issus de la réforme qui seront admis aux concours des CPR cette année. Un sondage fiable après les examens d'entrée serait une source inépuisable de commentaires et d'analyses.

Une évaluation sommative de la part des étudiants s'avère urgente pour pouvoir corriger, améliorer et combler les lacunes avant qu'ils n'obtiennent la licence sans même pouvoir réussir un entretien d'embauche.

Quand aux récents bacheliers, ils peuvent contrôler les événements de cette histoire qu'ils vont vivre au sein des établissements supérieurs publiques et dans le cadre de la réforme. Le mieux serait de la comprendre et de l'accepter car elle est d'un esprit qui peut remédier plusieurs maux du système universitaire, elle a juste besoin de temps et de responsables formés spécialement pour l'appliquer, c'est-à-dire des cadres hautement qualifiés qui n'ont pas uniquement le savoir-faire mais surtout le vouloir et le pouvoir-changer.
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# Posté le dimanche 27 novembre 2005 10:10

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